Cave Gérald Besse

Lorsque la jeune génération saute le mur
Gérald, Patricia et Sarah Besse

« Il y a trente-cinq ans que j’ai fondé le vignoble, j’ai toujours appris à m’occuper des murs. Mon grand-père m’a donné cette passion, lui qui a fait énormément de murs dans le secteur. » Viticulteur et propriétaire encaveur aux Rappes, au-dessus de Martigny Croix, Gérald Besse s’appuie contre la pente de sa vigne qui plonge vers la Dranse. Derrière lui se profile le hameau protégé de Plan-Cerisier, un joyau du patrimoine viticole valaisan : de petites maisons de pierre, recouvertes de dalles de rochers, enserrées dans un écrin de vignes en terrasses, striées elles-mêmes par de beaux murs de pierres sèches. Royaume minéral gris, ordonnant avec harmonie un paradis de vignes, vertes, jaunes ou rougeâtres lorsque les vendanges se sont écoulées. Des générations de viticulteurs ont hérité de ce patrimoine issu du XVIIe siècle. Gérald est sur le point de le transmettre à sa fille Sarah: « J’essaie de prendre deux à trois semaines par année pour l’entretien des murs, que j’aime beaucoup. Non seulement par respect pour le patrimoine, mais parce que sans eux, aucun vignoble ne tiendrait ainsi perché au-dessus de la rivière. Ils enrichissent non seulement le paysage, mais aussi la qualité de nos vins, qui profitent doublement de la chaleur et de l’exposition du coteau. » Non sans peine ni frais, lorsque l’on apprend que sept à huit semaines par année sont consacrées à la réfection des murs et qu’il faut régulièrement former le personnel à ce travail spécifique.

« Quand on fait un métier comme ça, on doit aimer la nature et aimer ce qu’on fait. » Sarah Besse

Du travail sur les murs pour du raisin de qualité
Apprenant le prix de revient du raisin ainsi produit, un vigneron bourguignon ou californien se taperait la tête… contre les murs. « Nous savons que ça nous coûte beaucoup plus cher que d’acheter un kilo de raisin, reconnaît Gérald, ce qui serait beaucoup plus simple. Mais si nous ne produisions pas nous-mêmes dans ces terrasses, nos vins n’atteindraient pas leur qualité actuelle. 95% des vingt hectares de vignes que nous exploitons sont soutenus par des murs en pierres sèches, c’est inhérent à ce secteur. Nous aimons ce vignoble et nous essayons de l’entretenir, c’est une réelle passion. » Un entretien qui contribue d’ailleurs grandement à la richesse du paysage. « Pour vivre de la vigne nous devons lui donner un cadre, renchérit Sarah. Le nôtre est assez respectueux de la pente. Nous avons pu mécaniser une partie du vignoble, dont le talus est enherbé. Nous permettons ainsi à la faune et à la flore de s’établir dans le vignoble. On n’y trouve plus que de la vigne, comme il y a vingt ans, mais des fleurs, des lézards, des serpents, de plus en plus d’insectes, des criquets, des cigales. »

Lire la suite dans le livre