Godswärgjistubu, Albinen

Le cœur pour menu

«Personne ne vient chez nous uniquement pour manger», insiste Sasha-Tsering Tsokhim. L’esprit particulier qui règne dans «la Pinte des petits nains» est dû à trois fortes personnalités: lui est naturopathe, d’origine tibétaine mais né en Suisse; sa femme Hannelore est paysanne de formation, cuisinière de talent. Le troisième personnage est puissant; lui vient d’ici, d’Albinen: c’est l’auberge qui date de 1636 où habitait «le riche Zumhofen.» On pourrait se croire à cette époque en sentant le bois rugueux et chaleureux, en lisant l’inscription latine gravée à même la poutre fendue. Peut-être des nains légendaires descendent-ils de la montagne pour se nourrir ici? « Jadis, en cas de fortes chutes de neige, les anciens aménageaient une niche de foin dans la grange pour qu’ils puissent s’y lover, faute de pouvoir remonter là-haut.» Là-haut... Aux murs sont accrochées des icônes du dalaï-lama, recouvertes de soie blanche, aux côtés du crucifix et de la vierge Marie. Les anciens adorent venir ici, ils s’y trouvent comme chez eux. Plus jeunes, les aubergistes rayonnent; il leur sied de faire plaisir et cela se ressent. On prend le temps de manger au Godswärgjistubu.

 «Personne ne vient chez nous uniquement pour manger.»

Au fil des quatre mets du menu chaque jour différent, aux côtés de goûts et de saveurs délicates, se révèlent de fortes énergies. Si loisir vous est offert de converser un peu plus longuement avec Hannelore et Sasha-Tsering, se révèle une indéniable philosophie de l’accueil, puis une spiritualité entachée de respect; respect de l’homme et de son environnement. Le naturopathe vous parle des méridiens le longs desquels les énergies traversent votre corps, de la méditation qui permet de les ouvrir et du yoga qui les assouplit: «Le service à la clientèle demande la même empathie que la pratique des thérapies naturelles.» Toutes les denrées sont achetées localement; les légumes proviennent du jardin, enterrés à l’ancienne pour passer l’hiver. «Un aliment est bien meilleur lorsqu’il se consomme là où il pousse.» Les épices sentent bon les herbes récoltées alentour même si certains mets que cuisine Sasha-Tsering sont d’inspiration indienne ou tibétaine.

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