Patrouille des Glaciers 2014

La montagne pour stade

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Minuit trente quelque part au-delà du poste de Schœnbiel. Brouillard dans la nuit noire. Trois patrouilleurs s’agrippent sur leurs longs bâtons pour remonter la trace raide et verglacée du fameux mur de Stockji. De nombreux filets de neige strient le faisceau de leurs lampes frontales. Préoccupé par ses skis, qu’il place avec délicatesse pour ne pas glisser, aucun coureur ne perçoit les silhouettes ténébreuses du Cervin et de la Dent d’Hérens, qui se détachent dans l’auréole blafarde et orangée de la métropole milanaise. Seuls quelques initiés connaissent la menace de ces dangereux blocs de glacier, suspendus à quelques jets au-dessus de la pente d’à côté. Magie et dangers de la montagne, arpentée par les chasseurs de l’exploit. Cette nuit de Patrouille Des Glaciers, plus de cinq cents cordées de trois ont le même but; mille six cents skieurs-alpinistes qui, tous, espèrent dépasser Arolla et atteindre Verbier d’ici cinq à dix heures; cent kilomètres effort, disent les initiés. Des millions de pas glissés à vive allure. Une longue colonne de lucioles serpente en direction de Tête-Blanche, perdue tout là-haut dans la nuit. Elle se faufile au travers d’immenses crevasses obstruées par des ponts de neige bienveillante. Le froid de l’aube fait frissonner les moins habillés, l’altitude ralentit l’allure, la tête martèle au rythme du cœur sollicité aussi intensément. Trois mille six cents mètres d’altitude. L’organisme des uns se rebelle, ou alors se soumet-il à une volonté presque plus haute que les 4000 environnants?

« Absurde, inutile mais sublime ! » La Patrouille Des Glaciers aux lèvres d’un coureur, juste avant le départ

Affaire de passionnés, même en uniforme
Six heures trente. Deux rangées de patrouilleurs remontent vers le ciel blafard. Tous pointent leur regard et leurs skis en direction du col de Riedmatten. Les dernières lampes frontales tentent d’accélérer le recul de la nuit. Aux mille six cents patrouilleurs partis de Zermatt viennent s’ajouter mille deux cents sportifs partis d’Arolla. Il y a foule à Riedmatten, les sportifs refroidis font la queue dans l’aube glacée, la plupart dans la bonne humeur; quelques ambitieux réclament pour ce gaspillage de temps. Succès de l’épreuve oblige, les patrouilleurs doivent longuement patienter au pied du col, parqués comme des moutons. L’organisation est militaire, ne passe ni dépasse pas qui veut. La ligne prioritaire est réservée à ceux qui ont affiché l’ambition de rejoindre Verbier en moins de trois heures. Raide et verglacée, la descente du col s’avère difficile pour de nombreux skieurs-alpinistes.

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