Carnaval, Evolène

Hugo Beytrison: Derrière les masques de carnaval

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« J’essaie d’amener le maximum de violence dans mes masques, par des sourcils menaçants, des dents exagérément prononcées, des lèvres qui font la grimace. Des masques plus effrayants pour que la violence n’ait pas à sortir de la personne elle-même. Avec ses peluches et ses empaillés, le carnaval d’Evolène représente cet homme sauvage, cet ancêtre qui nous a amenés là ou nous sommes. J’ai l’impression que cet ancêtre, il nous crie d’arrêter de détériorer notre vie comme nous le faisons. Si l’animal qui est représenté dans le carnaval doit dire quelque chose à l’humain, c’est qu’il a intérêt à corriger son comportement parce que ce n’est pas comme ça qu’il va aller loin. »
Hugo Beytrison sculpte le carnaval évolénard depuis vingt-cinq ans avec main de maître et forte sensibilité humaine. Il renforce l’identité de cette coutume déjà puissante, par le biais de masques à la fois symboliques et personnalisés, tout en observant d’un œil avisé l’évolution de la société montagnarde. Laissons parler le sage: « le carnaval, c’est quelque chose de fondamentalement agricole. Les peluches portent des peaux d’animaux de rente non tannées, c’est quelque chose de brut. C’est peut-être ce côté traditionnel et authentique qui fait que dans ce val d’Hérens il y a encore un carnaval, alors que dans les autres vallées latérales, il a disparu ou s’est fondamentalement modernisé. »

Du choc des ciseaux d’Hugo Beytrison avec le bois d’arole s’échappent mille copeaux, autant de pensées humanistes et critiques de la société contemporaine.

Y aurait-il quelque chose de figé dans cette tradition précédant le carême ?  « Un carnaval joué comme une pièce de théâtre, qui serait reproduit d’année en année ne m’intéresserait pas. J’ai du plaisir à constater qu’il y a une effervescence dans le carnaval, qu’il bouge et qu’il est vivant. C’est ça qui le rend beau ! Si le carnaval n’évolue pas, la coutume va forcément s’étioler. En cas de disparition de cette société terrienne, ce ne sont pas les gens de l’extérieur qui vont faire le carnaval, ou alors un autre carnaval. Le tourisme qui amène ces hôtes viennent chez nous biaise notre image. Il modifie la représentation que l’autochtone a de sa région pour en faire un produit « fantastique », au risque de présenter le carnaval comme quelque chose d'idyllique, alors qu’il est censé être plutôt puant et agricole. »

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