Air Zermatt

Beat Perren: « Pensionné ou passionné »pour Air Zermatt ?

À ma question sur les raisons qui font de lui un passionné, Beat Perren répond par un jeu de mot : « pensionné ou passionné ? » Ce n’est pas parce qu’il a largement dépassé l’âge de la retraite que le natif de Zermatt arrêterait de travailler et d’innover. Présent chaque jour à la Pharmacie Internationale en compagnie de sa femme Luisa, Beat est aussi un passionné de technologies et de photographie. N’a-t-il pas été un des premiers en Suisse à équiper sa pharmacie d’un système informatisé de stockage et d’acheminement des médicaments ? Lui et son personnel ont tout le loisir de discuter avec leurs clients pendant que l’automate s’en va chercher la bonne boîte dans les sous-sols réfrigérés. Ne vient-il pas de développer un système de suspension de son appareil photo panoramique sous l’hélicoptère, stabilisé par gyroscopes? Histoire de réaliser un panorama encore plus parfait de sa montagne fétiche, le Cervin. Sa passion pour le sauvetage ne connaît pas non plus de limite d’âge; il suit quotidiennement les affaires de la compagnie dont il est le principal actionnaire. Nombreux sont les souvenirs qui font briller ses yeux bienveillants.
« Avec Daniel Lauber, nous avons créé un comité d’initiative pour l’achat d’un hélicoptère Augusta Bell 206A en 1967, alors que Zermatt n’était pas encore relié au reste du monde par la route. Prioritairement pour le sauvetage, mais nous étions conscients dès le début qu’il fallait effectuer d’autres vols commerciaux pour assurer la pérennité d’Air Zermatt. J’ai participé activement aux sauvetages pendant vingt-cinq ans, me retrouvant même une fois héliporté dans la face Nord du Cervin sous trente centimètres de neige poudreuse, pour aller chercher quatre Français. C’était une période pionnière. Nous n’avions alors ni radio, ni téléphone portable. Lorsqu’une alarme était lancée, il fallait trouver un guide. Nous allions au bistrot où ils tapaient aux cartes, mais personne n’y était ce jour-là. Il a bien fallu y aller ! »

Même dans les situations les plus invraisemblables, les secouristes partent sans se poser la question de la culpabilité ou de l’inconscience des personnes à secourir. Ils n’exerceraient pas ce métier si c’était le cas.

Se mettre à l’écoute d’autrui, le servir et alléger ses douleurs: il y a beaucoup de ressemblance entre le serment d’Hippocrate que font les médecins et la vocation de pharmacien. Le dévouement de Beat Perren pour la cause du sauvetage en est une prolongation logique. « J’ai toujours tout fait avec le cœur, sans salaire, travaillant plutôt à 80% pour Air Zermatt et le solde dans mon commerce. Il a fallu engager des pharmaciens pour me remplacer. La société n’a jamais été une affaire financière. » Au contraire, lorsqu’au début des années 90, l’Ouragan Vivian met à mal les revenus des compagnies d’hélicoptère, Beat fait lui même le pont pour payer les salaires. « Des joies et des douleurs » se contente-t-il de résumer.

Lire la suite dans le livre