Clinique romande de réadaptation de la SUVA

Orientée vers l’autre, question de vocation

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Derrière une des nombreuses baies vitrées du bâtiment moderne, au coin d’un atelier parsemé de membres en matière synthétique et de moules en plâtre, attend une prothèse. À son extrémité est fixée une coiffe de plastique, destinée à entourer un moignon; de l’autre une chaussure de gymnastique lacée autour d’un pied artificiel. L’image symbolise un destin; elle reste gravée dans ma mémoire. Quelques couloirs plus loin, l’homme à qui est destinée cette prothèse joue au baby-foot, assis dans une chaise roulante; deux béquilles sont fixées dans son dos. Thierry, son adversaire, est assis, lui aussi, ses deux béquilles posées sur le côté. Il affiche un sourire de satisfaction car il vient de remporter la partie, avant de s’éloigner à grands pas, quoique d’une démarche incertaine. Il abandonne ses béquilles contre le baby-foot. « C’est incroyable, se réjouit Bernard Fournier, tout ému. Il s’est remis à marcher hier. Il en fait même trop et va se faire réprimander. » Qui n’en ferait pas de même au retour de son autonomie de marche, après un grave accident qui laissait envisager le pire ?

« On n’est pas là pour rigoler, mais pour travailler et essayer de sortir le plus rapidement possible. » Bernard a dû se faire amputer une jambe en dessous du genou pour éviter la propagation d’un méchant cancer. Ses béquilles dressées telles deux feux orange, il roule en connaisseur dans les couloirs de la Clinique romande de réadaptation de la Suva. N’arpente-t-il pas ces allées depuis deux mois, entre sa chambre et la salle de fitness? Vanessa, l’une de ses physiothérapeutes l’y attend. « Ici on est materné, on est cocolé, c’est super… on se sent en sécurité et on est sûr de faire les mouvements corrects. » Deux fois par jour, Bernard vient parfaire la musculature de ses bras et de sa jambe restée valide. Il rame, pédale et soulève quelques haltères, suant à grosses gouttes avec une seule idée en tête: se remettre d’aplomb et reprendre bientôt son activité. De lents progrès ne sont visibles qu’à moyen terme. Il souffle et transpire sous l’œil attentif de Vanessa, la mèche brune coiffant un visage tout sourire lorsque les choses se passent bien: « Ici ce sont des cas assez lourds, de gros accidents, des gens qui arrivent cassés, diminués autant moralement que physiquement. On essaie de les remettre sur pied. Grâce à eux en premier lieu, grâce à nous et à tous les corps de métier, ils repartent mieux. On ressort grandi de ce partage, plein d’empathie envers nos patients. Les voir contents et heureux de se remettre debout, constater leurs progrès vers l’autonomie nous rend bien aussi. Moi ça me fait vraiment plaisir. »
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