Marius Pannatier, voisins... et famille

À l’envers du paraître

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« Si j’avais d’autres vaches que des Hérens, je n’aurais pas de plaisir à me lever tous les jours le matin pour les soigner. Malgré toutes les difficultés, elles nous rendent bien l’affection qu’on leur porte. Des fois, quand on les mène au combat, elles nous font plaisir en luttant bien et en faisant des sonnettes.» Sur le parvis de sa ferme, dans un cambouis de boue et de neige congelée, Marius Pannatier jouit de quelques minutes de répit avec un petit groupe de vaches qu’il a amenées au soleil, après la traite matinale. Habituées à ces sorties hivernales devenues obligatoires, Cibello et Camargue s’observent avec nonchalance. «Les Camarguais et leurs taureaux fougueux n’en reviennent pas de nous voir ainsi, tout proches des cornes de ces bêtes... paisibles mais qui peuvent déclencher une lutte d’un moment à l’autre. Il y a entre elles et nous une connivence qu’ils nous envient.» Ses yeux détaillent avec complicité la robe couleur ébène de ses protégées, qu’il a étrillée tout à l’heure, dans la moite tiédeur de l’étable; dans le secret où les reines échangent quelques regards fiers et provocateurs. «On les côtoie plusieurs heures tous les jours, on les connaît, elles sont toutes différentes, attentives. Ce qui est génial avec l’Hérens, c’est que la lutte est dans leur sang durant toute l’année. Cibello et Camargue, par exemple, ont déjà eu affaire plusieurs fois pour régler leurs comptes. Le jour où Cibello vient prête au veau, après neuf mois de port, l’autre sent qu’elle est un peu faible. Elle en profite pour la regagner à ce moment-là. Ces vaches ont encore l’intelligence de savoir quand l’autre a des faiblesses pour essayer de la battre à nouveau. Elles veulent gagner, c’est dans leurs gènes!» À observer ces petits veaux qui, à peine nés, se chamaillent déjà dans leur enclos, on comprend le caractère de la race. Lorsque quelques mois plus tard il y a déjà une reine dans le petit groupe de vachettes dont s’occupe Erwan, le filleul de Marius, on comprend aussi la fierté de leurs propriétaires! «Ce sont des lutteuses, mais malgré tout on peut les approcher, tout près des cornes, comme ça, les caresser...»

Du côté d’Evolène la passion s’énonce sobrement, mais elle vient du fond des tripes!

Un amour irraisonné qui se transmet de père en fils
Comment expliquer autrement ces heures passées chaque aube et chaque crépuscule, fêtes et dimanches compris, à traire les bêtes, à les étriller, leur donner le foin, évacuer le fumier et veiller à leurs petits soins? Comment expliquer que, malgré les tracasseries administratives de certains technocrates ignorant tout des réalités du terrain, malgré les changements réguliers de politique agricole pour des raisons qu’on ne leur explique guère et pour lesquelles ils ne peuvent rien, malgré les longues journées passées aux foins sur quantité de parcelles en pente, incroyablement morcelées, malgré les heures de travail si peu rémunérées, qu’on évite de décompter pour ne point se faire peur...

Suite à lire dans le livre Valais Passions