Chronique NF IX

Nao le robot qui lit sur les visages

«It looks like I’m boring you...» «Il semble que je vous ennuie...» Nao n’est pas un robot impertinent, mais attentif qui a remarqué que ses visiteurs ont relâché leur attention. Equipé de caméras, de micros directionnels et de capteurs de mouvement, il est capable de distinguer ses interlocuteurs, de les suivre lorsqu’ils se déplacent, de détecter si l’un d’entre eux veut dialoguer avec lui et d’attendre que celui-ci ait fini de parler avant de lui répondre. Il est de plus doté d’une gestuelle plaisante lorsqu’il décrit l’institut scientifique qui l’héberge, l’IDIAP à Martigny. «Quand on travaille avec Nao, on tombe un peu en enfance, s’amuse Jean-Marc Odobez, chercheur sénior dans le domaine de la perception et de la compréhension des activités lors d’interactions entre l’homme et la machine. Nous avons développé des algorithmes dont le but est d’interpréter une scène et de suivre les personnes que Nao a en face de lui.»

Nao est doté d’une acuité visuelle étonnante lorsque il suit ses interlocuteur qui se déplacent dans un groupe.

Les applications de cette technologie de pointe sont multiples. «On peut imaginer l’analyse des mouvements de pensionnaires dans un home pour personnes âgées, dans le but d’interpréter leur état de santé, ou alors une caméra de surveillance emportée à bord d’un véhicule, capable de détecter différents signes d’assoupissement chez le conducteur.» Lorsqu’on lui demande si notre société va vers un monde du tout à la machine, le sourire aux lèvres Jean-Marc Odobez espère «qu’un jour ou l’autre les robots soient dotés de bon sens. C’est en général ce qu’on essaie de leur inculquer, mais ce n’est pas toujours évident.»

Dans ses travaux, il s’appuie sur le travail d’autres scientifiques de l’IDIAP, qui comptait quelques 42 projets de recherche l’an dernier. Notamment sur celui d’un autre chercheur sénior, Sébastien Marcel, actif dans la biométrie, une technologie multiple capable de reconnaître le visage, la voix, l’iris ou la manière de marcher d’une personne filmée. À voir le caractère international de la centaine de chercheurs de cet institut, rien ne laisse présager qu’on est au coude du Rhône, dans une petite ville en plein pays des reines et de la vigne. «Il y a un gros contraste en effet, mais pas de contradiction, constate Sébastien Marcel. Les gens avec qui nous travaillons sont surpris des activités très innovantes de l’IDIAP. Grâce à l’internet nous travaillons en réseau avec le monde entier. Notre taille nous permet une grande flexibilité pour démarrer de nouvelles recherches de pointe.»
Dans une aile du même bâtiment, un valaisan a saisi l’aubaine du foisonnement de connaissances que connaît l’IDIAP. Un jour de 2008, Gilles Florey est fasciné de voir son portrait reconnu par un ordinateur. Il crée une application informatique de reconnaissance faciale, que 70’000 personnes téléchargent sur internet. Il y a là du potentiel commercial que le jeune entrepreneur de Salquenen ne loupe pas. Avec les conseils et l’appui de la fondation The Ark, il lance Keylemon, sa société, qui personnalise diverses applications selon les besoins de grands groupes électroniques. Leurs clients s’asseyent devant la caméra d’un ordinateur qui les reconnaît et ouvre automatiquement leur compte utilisateur. Cinq ans plus tard, son entreprise compte dix collaborateurs, jusqu’aux Etats Unis. «J’éprouve une grande fierté de pourvoir dire que Keylemon est valaisanne; nous arrivons même à faire revenir des collaborateurs techniques formés à l’EPFL.» Valais, quand tu nous tiens...

Gilles Florey, Keylemon, devant la caméra lui donnant accès à son compte utilisateur