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Christophe Thétaz: "Prendre le temps dans la relation avec autrui"

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Après la descente du canton à pieds, place maintenant au travail de fond pour la préparation du livre puis du film. Les publications sur ce blog vont s'espacer quelque peu, privilégiant le contenu plutôt que la régularité. Mais je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l'évolution du travail, lorsque j'aurai quelque chose à annoncer. Voici la chronique publiée dans le Nouvelliste du 5 novembre 2013.

© Valais/ Wallis promotion, François Perraudin

«Je travaille ici avec des personnes âgées, aujourd’hui, pas dans le passé! insiste Christophe Thétaz, animateur en psycho-gériatrie au home Le Glarier à Sion. Vivre ainsi est une excellente école de vie, mais il faut un vrai parcours existentiel pour y parvenir.» Maître Reki, il a quitté sa profession de vigneron oenologue il y a 9 ans pour prendre la conduite d’une équipe de 11 personnes, actives dans l’animation du home: des assistantes socio-éducatives, un art thérapeute, des clowns relationnels.

Ces professionnels sont assistés par une quarantaine de merveilleux bénévoles. «De par son rapport étroit avec la montagne, le valaisan a toujours été dans une relation d’aide et de solidarité. Il en a par bonheur conservé l’esprit.»
Cette structure forte lui permet de mettre sur pied un programme d’animation hebdomadaire chargé, coûteux mais améliorant grandement la qualité de vie des résidents. « Elle ne représente que quelques francs supplémentaires, précise Christophe. Nous devons prendre le temps de la relation avec les personnes âgées. Nous sommes toujours dans l’émotion; c’est elle qui constitue le chemin vers la mémoire. Bien qu’au début de son séjour nous maintenons un lien avec l’histoire du résident, nous essayons ensuite de nous connecter avec sa présence, ici au home.» Le groupe d’animation oeuvre en parallèle et d’entente avec la structure de soins thérapeutiques. Jamais dans le jugement, toujours dans le respect pour leurs hôtes, l’empathie, l’écoute, Christophe et son équipe organisent de multiples activités dans le but de permettre une relation de personne à personne, dans la gratuité, la spontanéité et l’amour. À défaut de pouvoir cognitif, qui se perd avec les ans, les résidents sont invités à développer d’autres ressources par des activités telles que la bio-danse, le jardinage, la lecture des journaux, le bricolage, le théâtre, les excursions à l’extérieur voire même l’animation du soir intitulée «chausson, tisane et digestif.» N’y assistent que les intéressés. «Ils sont citoyens libres d’eux mêmes. Si nous leur offrons des possibilités de rencontre, les personnes âgées ne se replient pas nécessairement sur elles-mêmes; elles sont preneuses. À ce stade de vie, il y a tout sauf du superficiel et pour cela le toucher affectif est essentiel » insiste Christophe qui impressionne par son pouvoir d’identification lorsqu’il parle au nom de ses protégés. Et de s’émerveiller devant l’image de cette femme qui s’aide de son rollator pour pousser un autre résident dans sa chaise roulante. «Pour elles le sentiment le plus douloureux est celui de l’inutilité; nous fonctionnons souvent en binômes. Aider autrui est très valorisant pour une personne âgée aussi!»
Prendre le temps de la relation n’empêche pas Christophe Thétaz d’être à la bourre parfois. « Nous avons besoin de beaucoup de ressources, donc de récupération. Pour retrouver mes forces je suis beaucoup dans l’émerveillement pour les beautés de la nature et les richesses de l’être humain.» Décidément, mon périple à travers le canton permet la rencontre de vraies et riches personnes!